Où je parle de Corfou, où un jeune homme regarde une jeune femme et découvre quelque chose.
Elle ne lui avait jamais semblé aussi jolie que brûlée de soleil sur cette plage de Corfou. Leurs amis faisaient autour d’eux le bruit d’un carnaval tant ils s’amusaient, tant ils célébraient le fait d’être jeunes, beaux et ensemble. Il y avait dans l’air l’atmosphère moite des plages, la joie particulière des peaux crémées et offertes, des regards en coin. Les serviettes mal accolées laissaient passer du sable, juste assez de sable pour faire bougonner les couples sous les parasols, pendant que des gamins jouaient au ballon. Les corps côtoyaient les corps. L’été se passait comme d’habitude et, comme d’habitude, il suscitait en chacun une part de passion. Somnolent, notre héros regardait M. et ne regardait qu’elle.
L’un des amis proposa d’aller à l’eau, ils y allèrent et les laissèrent tous les deux allongés, les croyant assoupis. Elle était sur le dos, les yeux fermés, en proie au soleil dont lui s’était protégé grâce à l’ombre du parasol vert clair qui menaçait de s’envoler à tout moment. Il était sur le ventre et, tandis qu’elle faisait semblant de dormir, il l’étudiait. Il observait la lisière irrégulière de ses cheveux sur son front, les pigments de sa peau plus rouges ou bronzés que les autres, ses minuscules oreilles. Il voyait son nez frémir de temps en temps, ses yeux se fermer plus ou moins fort, tirant alors sur ce qui deviendrait des rides. Il trouvait tout beau. Parfois, elle souriait comme le font les bébés qui dorment. Elle souriait et, croyant parmi les croyants, il attribuait ces sourires au fait qu’elle sentait qu’il l’adorait, qu’il était en train de l’adorer. Elle s’offrait à cette adoration de lui, sous ce soleil qui les accablait d’été. Il était sûr qu’elle ne dormait pas, mais rien ne lui faisait plus peur que son réveil.
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